Mon rapport aux règles… et à tout le reste

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Bonjour,

 

C’est Morgane et j’avoue que c’est un peu bizarre de parler sur ce blog à la 1ère personne mais je n’imaginais pas aborder ce sujet autrement. Je ne veux pas me contenter de vous donner des astuces naturelles pour soulager les douleurs des règles – oui parce que c’est de ça dont on va parler aujourd'hui –, car ce serait hypocrite et mensonger.

 

A l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes le 27 mars 2020, en pleine pandémie de coronavirus. Il y a une dizaine de jours, le corps médical a fortement déconseillé de recourir aux antiinflammatoires qui pourraient aggraver des formes bénignes de covid-19. Comme personne ne sait vraiment s’il est porteur du virus ou non, il vaut donc mieux ne pas avaler ce type de médicament. En soi, cela ne me pose pas de problème puisque je ne consomme pas de médicament… sauf les premières 36 heures de règles… et, vous vous en doutez, il fallait bien que ça arrive, elles se sont pointées en début de soirée le mardi 24 mars.

 

Ayant des cycles relativement réguliers (entre 28 et 31 jours), j’avais décidé, dès l’annonce du danger des antiinflammatoires, de préparer correctement, pour une fois, l’arrivée de mes règles, soit durant une bonne semaine :

  • consommation 2 à 3 fois par jour d’une tisane spéciale « dysménorrhées » (aka « règles douloureuses »)
  • séances de sport régulières (merci le télétravail qui m’en a facilité la pratique)
  • et alimentation ni trop grasse ni trop industrielle (merci la fermeture de ma cafet’ et donc de la non-tentation des croissants durant les pauses matinales avec mes collègues).

 

Bref, avant l’arrivée de mes règles, j’étais sereine et j’avais même dit à Yannick : « J’ai le sujet de l’article du mois de mars, ce sera sur comment gérer ses règles au naturel ». Ce devait être un article très positif, très « naturopathique », plein de plantes, d’hydrothérapie et de conseils de grand-mère ultra bienveillants… Vous trouverez tous ces conseils à la fin de mon blabla, ne vous en faites pas… mais la nuit du 24 mars me pousse à une réflexion plus large, beaucoup plus intime : celle de mon rapport aux règles. Si tout cela ne vous intéresse pas, cliquez simplement ici pour arriver directement à des trucs et astuces naturels qui peuvent diminuer vos douleurs menstruelles.

Du pourquoi j'ai commencé à prendre la pilule

J’ai eu mes premières règles à 12 ans, lors des vacances d’été qui séparent l’école primaire du cycle d’orientation (certains y verront une jolie coïncidence, une espèce de rite de passage, moi j’y ai surtout vu le symbole de vacances gâchées). On était en mobil home, tout juste rentrés d’une journée à la piscine. Ma mère était partie faire des courses à la superette pendant que mon père, mon frère et moi allions nous doucher. J’étais dans la salle de bain, j’ai baissé mon maillot de bain, vu du sang, hurlé pour ensuite interdire à mon père d’entrer qui s’est empressé d’aller chercher ma mère pour qu’elle gère. La scène nous fait encore rire aujourd'hui.

 

A vrai dire, je ne me rappelle pas grand-chose de mes premières années de menstruations si ce n’est une douleur croissante de cycle en cycle. Finalement, à 17 ans, mon gynécologue m’a prescrit la pilule et là ça a été une libération : fini les douleurs et le stress de devoir noter dans son agenda le premier jour de règles afin de prévoir le coup pour le mois suivant. Tout alla pour le mieux durant quelques années puis les douleurs ont recommencé. Mon gynécologue, qui était aussi mon médecin généraliste, m’a alors proposé une nouvelle pilule, micro-dosée, à prendre sur 28 jours et non 21. Je tiens à préciser que, encore à ce jour, ce médecin reste le meilleur que j’ai pu rencontrer. Il était à l’écoute, avait l’avantage de me connaître depuis mon enfance ainsi que de connaître tous les membres de ma famille. Il est malheureusement décédé l’année de mes 24 ans et je suis persuadée que j’aurais pu éviter pas mal de travers s’il était encore là à présent.

 

A vrai dire, j’ai mis du temps à réaliser l’impact de la pilule sur mon corps. J’avais même l’impression qu’elle ne me faisait rien : pas de prise ou de perte de poids, pas plus de boutons, pas plus de poitrine. En fait, il a fallu attendre mes premières relations sexuelles pour connaître des désagréments… que je n’ai pas tout de suite mis en relation avec la pilule. En effet, mes relations intimes ont révélé des tendances très fortes aux mycoses et sécheresse vaginales. Il y avait des périodes où j’avais l’impression de vivre chez mon gynécologue qui me prescrivait des crèmes, des antibio, d’autres crèmes et encore d’autres antibio… mais chaque cycle était un éternel recommencement : le sang qui coulait me « nettoyait » mais la douleur revenait 3 jours plus tard….

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Vers des méthodes plus "naturelles"

A la rentrée universitaire de 2013, va savoir pourquoi, j’ai commencé à m’intéresser à l’aromathérapie et à me détourner de la médecine allopathique (oui parce qu’il fut une période où j’avalais des Dafalgan en rentrant de soirées pour parer un éventuel mal de crâne le lendemain… la fille revient de loin quand même !). A cette période, de nombreux témoignages mettaient en doute à la fois les bienfaits de la pilule et l’utilisation des tampons comme protection hygiénique. C’est ainsi que je me suis tournée vers la cup menstruelle et que je me suis intéressée au DIU en cuivre (aka le stérilet non hormonal). Malheureusement pour moi, mon gynécologue décéda à la fin de l’année 2014, annulant mon rendez-vous « discussion stérilet en cuivre ». Il m’a fallu trouver un autre gynécologue, qui fut une femme. Autant vous dire qu’elle n’était pas du tout convaincue par mon histoire de DIU et avait 2 principaux arguments :

  1. Le DIU n’est pas conseillé lorsque l’on utilise la cup menstruelle (c’est faux).
  2. Le DIU occasionne des règles bien plus abondantes et douloureuses (c’est majoritairement vrai).

 

Mais je suis une personne têtue (et j’étais soutenue par mon compagnon, qui n’était autre que Yannick) et elle a fini par accepter de m’en poser un en novembre 2015. La pose fut rapide et peu douloureuse mais s’en est suivie une chute de pression m’obligeant à rester allongée pendant 30 minutes alors que Yannick m’attendait – et s’inquiétait – dans la salle d’attente. Mes premiers mois sous stérilet se sont très bien passés. Certes c’était plus douloureux et plus abondant mais je m’en moquais : mon corps était libéré des hormones artificielles de la pilule et, miracle, je n’avais plus aucune douleur lors de mes rapports sexuels et plus aucune trace de mycoses. J’ai juste eu une très jolie poussée de boutons mais c’était au moment où j’étais à Montréal et j’en ai profité pour recourir aux herboristes québécois. Tout allait donc pour le mieux…

 

…Jusqu'à mon retour en Suisse. Pour remettre les choses dans leur contexte : j’ai eu la chance de bénéficier d’une bourse Doc.Mobility en 2016 me permettant de partir 4 mois à Montréal puis 8 mois à Hambourg. Je suis rentrée du Québec au mois de mai pour n’y rester qu’un mois avant de partir pour l’Allemagne. J’ai retrouvé mon amoureux et je suis tombée enceinte. Avec Yannick, on ne veut pas d’enfants. C’est personnellement une conviction qui m’habite depuis l’adolescence. J’adore être entourée d’enfants, j’ai longtemps voulu enseigner, j’aime discuter avec eux quel que soit leur âge mais je sais que je ne veux pas devenir parent. L’avortement n’était pas une option, c’était une évidence. Et je remercie encore aujourd'hui le corps médical de l’hôpital de Sion qui n’a jamais remis en question mon choix. Je remercie encore aujourd'hui cette médecin gynécologue qui s’est excusée de devoir me laisser 3 jours de réflexion « parce que c’est la loi ». Je suis encore reconnaissante aujourd'hui envers mes proches qui ne m’ont jamais demandé de leur rendre des comptes sur notre décision (même s’ils n’avaient pas à le faire). Et je suis de plus en plus révoltée de voir la liberté des femmes de jouir de leur corps et de leur droit d’avorter remis en question dans de plus en plus de pays (notamment en cette période de pandémie).

Quand ton corps te dit "fuck"

Si je suis tombée enceinte, c’est parce que mon DIU a bougé. Chance dans mon malheur, il s’agissait d’une grossesse intra-utérine qui ne nécessitait pas d’opération. Etant en dessous des sept semaines de grossesse, j’ai choisi d’avorter par voie médicamenteuse, une expérience difficile mais que je n’ai jamais regretté, sauf peut-être de l’avoir fait chez nous et pas à l’hôpital.

Un mois plus tard, je retentai de poser un DIU, plus grand cette fois. Celui-ci a été expulsé à peine 30 jours plus tard. Le service gynécologique de l’hôpital me proposa alors le dernier type de DIU : le GyneFix qui n’a pas la forme standard de T mais qui a un « hameçon » que l’on fixe à la paroi utérine (vous faites probablement en ce moment même la même tête grimaçante que Yannick quand la gynécologue nous a expliqué le principe). Croyez-le ou non, le truc s’est détaché de ma paroi utérine en à peine 12 heures. Vous aussi vous avez l’impression que mon corps essaie de me faire passer un message ? J’ai mis personnellement du temps à accepter que mon corps refuse quelque chose que ma tête souhaitait au plus profond de son âme… Même les infirmières n’y croyaient pas quand elles m’ont vu débarquer le lendemain matin. Après une discussion avec la gynécologue, je me suis résolue à reprendre la pilule… vous la voyez revenir la mycose ? Moi aussi…

 

J’ai tenu 8 mois et j’étais désespérée. Tous les symptômes que je ne ressentais pas avant, j’avais l’impression de les sentir de façon décuplée : sautes d’humeur, sécheresse, libido, douleurs à la poitrine, etc. Tout ce qui n’allait pas était de la faute de la pilule. Avec le recul, je pense avoir développé un tel dégoût à l’égard de ce contraceptif et une telle haine envers le rejet du DIU par mon corps qu’ils ont tous les deux influé sur mon mal-être physique. Avec Yannick, on s’est donc tourné vers la symptothermie – une méthode de gestion naturelle de son cycle qui peut être controversée. Très vite, mon cycle est devenu régulier et je pouvais déterminer de façon relativement sûre mes périodes de fertilité et d’infertilité. Cette méthode a cependant encore aggravé ma libido, car j’avais (et j’ai toujours d’ailleurs) l’impression d’être un couple qui essaie coûte que coûte d’avoir un enfant alors qu’on n’en veut pas. Je me suis alors résolue à prendre un rendez-vous chez une nouvelle gynécologue pour aborder la question de la ligature des trompes… qui a très vite été balayée. Je n’aborderai toutefois pas ici la thématique de la stérilisation volontaire (je parle déjà de règles et d’avortement, je ne vais pas vous exposer toutes mes prises de position dans le même article… 😉). La gynécologue m’a toutefois proposée une nouvelle pilule, avec une autre composition. Celle-ci se prenait sur 3 mois complets et fut catastrophique : un mois de mal de tête constant, un mois de nausées et un mois de douleurs ovariennes…

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Et maintenant?

J’ai arrêté la pilule et repris la symptothermie depuis 7 mois. Ma peau n’a pas vécu de traumatisme, mon poids non plus. Je tente de travailler sur moi et sur ma libido, j’ai même consulté une psychologue. Le chemin est long mais je reste optimiste. Le problème, ce sont les douleurs menstruelles qui, cycle après cycle, me semblent devenir de plus en plus fortes. Ces douleurs durent 36 heures et se manifestent par des crampes utérines, des jambes lourdes, des chutes de pression et des migraines (BINGO !). C’en est arrivé à un tel point que je n’hésite plus à présent à recourir aux antiinflammatoires ni à appeler le travail pour dire que je suis malade. Ces premières 36 heures me clouent au lit avec une bouillote. Il m’est impossible de faire du sport. La nourriture me donne la nausée. Et je remercie de tout mon cœur les créatrices de culottes menstruelles qui m’évitent ainsi de devoir tenter d’insérer une cup dans cette zone où tout semble rigide. 36 heures… c’est rien me diront certains… sauf que c’est tous les mois et qu’à force d’enchaîner les cycles, j’appréhende de plus en plus l’arrivée de mes règles. J’en arrive à espérer que ça tombe sur un weekend ou un jour de congé et il m’est déjà arrivé d’angoisser quand je constatai que, selon mes calculs, elles tomberaient le jour où j’ai une réunion importante.

 

Par ce long discours, je ne cherche pas à me faire plaindre ni à recevoir des conseils. Je veux simplement vous démontrer que parfois, on a beau avoir les bons outils et les bons réflexes, tout ne se passe pas comme prévu. Il fut une période où j’ai dénigré les médicaments traditionnels, maintenant je n’hésite plus à prendre un ibuprofène quand je sens les premières crampes utérines. Sauf que ce foutu Coronavirus est venu tout foutre en l’air… J’ai eu mes règles le soir du mardi 24 mars. Je suis partie me couchée avec une bouillote et un baume aux huiles essentielles créé par mes soins. J’étais sereine, convaincue que ma préparation « tisane insipide et sport quotidiens » m’éviterait les douleurs des mois précédents… et je me suis quand même retrouvée sur le canapé à ne pas pouvoir dormir à cause des crampes et des nausées de 3h00 à 6h30 du matin… pour vous dire, j’ai même écrit des e-mails professionnels à 5h30 pour reporter mes rendez-vous et mes appels téléphoniques.

"Mais du coup, tes remèdes, ils valent quoi?"

Vous l’avez compris, chez moi, les premières 36 heures, je ne les gère pas, ou du moins pas encore. Je sais que je dois être plus régulière dans le sport et les remèdes naturels pour qu’ils aient l’effet escompté dès les premières douleurs. Force est tout de même de constater qu’ils atténuent les crampes et les maux des jours qui suivent (mes menstruations durent entre 4 et 5 jours). Laissez-moi donc vous présenter quelques trucs.

L'eau

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C’est l’élément indispensable, celui qui a l’effet le plus rapide sur moi. J’estime que chaque personne qui a des douleurs menstruelles devrait avant tout s’équiper d’une bouillote. En position fœtus, la cruche d’eau contre le bas ventre ou alors en position allongée sur le dos, la bouillote au niveau du fond du dos (qui permet en plus d’étirer les lombaires), cet objet atténue les crampes et réconforte.

Une alternative que j’ai mis longtemps à tester alors que Yannick me la suggérait depuis des lustres : le bain. Je m’y suis résolue ce mercredi même, les douleurs ne passant pas et j’ai regretté ne pas l’avoir fait plus tôt. La chaleur du bain (oui parce que là on parle de bains normaux, pas ceux de Yannick à 10°C) détend l’entièreté du corps comme s’il libérait de l’espace au niveau du bas-ventre. Les tissus semblent reprendre de leur souplesse, perdre de leur rigidité…

La mobilité

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L’idée de rigidité et de quête de souplesse se retrouve dans ce second point qu’est la mobilité. Dès que les douleurs les plus intenses passent, soit après les 46 premières heures, j’essaie de mobiliser mon corps, de l’étirer, de le bouger. Ça peut passer par une balade à pieds, en vélo ou alors une séance de mobilité (vous avez des exemples dans notre section sport) ou d’enchaînement de yoga. J’essaie de me concentrer sur ma respiration et sur les zones meurtries, tendues par les crampes (essentiellement le fond du dos, les hanches et la chaîne postérieure). Personnellement, j’attends le 3ème ou 4ème jour pour refaire un entrainement musculaire et j’attends même la fin des règles pour tourner autour d’une barre de pole (sinon merci la tête qui tourne et la nausée à peine entrée dans la pièce).

Les points d'acupressure

Les points du méridien de la vessie sont efficaces.
Les points du méridien de la vessie sont efficaces.

Concernant les massages, je peux compter sur Yannick et ses tests en acupressure. Certains points situés au niveau des chevilles sont particulièrement efficaces. A une période, j’avais même fait de la réflexologie avec Philippe qui avait donné de bons résultats. Il faudrait que je m’y remette mais j’aimerais d’abord tester l’acupuncture (à la fin de la pandémie, évidemment).

Les huiles essentielles

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Depuis peu, j’utilise un baume maison composée d’huiles essentielles et d’huiles végétales aux vertus antiinflammatoires et antispasmodiques. Il contient notamment de l’Achillée millefeuilles, du Bois de santal, de l’Estragon, de la Marjolaine, de la Lavande vraie et de Petitgrain bergamote. J’aimerais le tester sur plusieurs cycles avant de le proposer en aromathérapie.

Le temps

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Ou plutôt « se laisser du temps ». C’est le point le plus difficile à mettre en place parce que notre vie, que ce soit d’un point de vue social, professionnel, familial, sportif, etc., ne s’arrête pas dès l’apparition des règles. De mon côté, j’ai de la chance, car je fais un travail où je peux gérer mes heures et je n’ai pas d’obligation familiale (à comprendre que, quand je reste chez moi parce que j’ai envie de massacrer la moitié de la planète, mon utérus compris, je n’ai pas à me préoccuper des repas et des devoirs des gosses). Reste que ce n’est pas toujours simple d’accepter de s’arrêter, de prendre le temps de respirer d’attendre que ça passe… avec ou sans ibuprofène 😉


J'espère sincèrement que cet article vous a plu et que je pourrai prochainement vous en proposer un autre intitulé "comment j'ai dompté mes dysménorrhées"... 

 

Prenez soin de vous!