Comprendre le cycle menstruel

Illustration d'Agustina Guerrero
Illustration d'Agustina Guerrero

Dans la continuité de notre article dédié au Syndrome du Choc Toxique, nous avons décidé de consacrer une série de billets aux menstruations : qu’est-ce que c’est exactement, comment adapter – si c’est nécessaire – sa pratique sportive et nos trucs pour gérer les règles douloureuses. Le but premier de cette série d’articles est de briser le tabou régnant autour des menstruations. Être mal à l’aise ou dégouté face à un phénomène physiologique qui touche plus de la moitié de la population et qui, surtout, est un signe de bonne santé est bien dommage. Nous pensons que le fait de connaître le processus devrait déjà permettre de faire un pas en avant et, pour les personnes ayant des menstruations* de mieux pouvoir les vivre.

Les menstruations, c'est quoi?

Qu’on en soit conscient ou non, il existe un véritable tabou autour des règles dans notre société. Si les femmes ne sont plus considérées comme impures ou porteuses de malheur durant leurs règles, les publicités continuent de perpétuer certaines fausses croyances telles que l’incapacité pour la femme de poursuivre une activité normale lorsqu’elle a ses règles, sous prétexte qu’elle angoisse à l’idée de la tache rouge sur le pantalon ou de la protection hygiénique qui tombe du sac (encensé par le sang bleu et les mini tampons au superbe packaging des grandes marques) ou sous prétexte qu’elle fasse une crise de nerfs (mais oui, vous savez, le fameux « mais t’as tes règles ou quoi ? » qui minimiserait le moindre signe de mauvaise humeur). Quant au web, il n'est pas en reste: de nombreuses vidéos sur Youtube ont été démonétisées, jugées inadaptées à un jeune public, car des femmes (en grande majorité) parlaient de règles, de seins, de l'identité sexuelle/genrée ou du corps en général. Le hastag #MonCorpsSurYouTube a d'ailleurs été lancé pour mettre en lumière cette censure révélatrice du malaise sociétal à l'égard de ces sujets.

Le tabou englobe même le système génital féminin puisqu’une femme a plutôt tendance à laisser faire les gynécologues qu’à partir elle-même à la découverte de son corps. Attention, nous ne suggérons pas pour autant de zapper les consultations des spécialistes et de pratiquer l’automédication coûte que coûte mais simplement de ne pas hésiter à se toucher, à s’observer et à s’instruire sur la façon dont on est constitué… et ceci est valable pour tout le monde.

Schémas simplifiés des organes génitaux féminins internes
Schémas simplifiés des organes génitaux féminins internes

Voici donc un schéma anatomique du système génital féminin. Au cours de chaque cycle, la muqueuse utérine (l’endomètre) s’épaissit afin que l’ovule fécondé puisse s’y implanter. Lorsqu’il n’y a pas de fécondation, la couche superficielle de l’endomètre se désagrège et doit être éliminée par le corps, ce sont les menstruations. Ces dernières ne sont donc pas uniquement du sang mais une muqueuse. La consistance et la couleur des règles varient selon les jours et les femmes.

En règle générale, les menstruations ne s’écoulent pas en continu ; ce sont les contractions de l’utérus qui permettent leur évacuation par à-coups (et non comme un robinet ouvert…).

Comprendre les menstruations... et le cycle menstruel

Notes préliminaires : afin de simplifier nos explications, nous décrirons ici un cycle de 28 jours avec une ovulation au 14ème jour et sans fécondation. Il s’agit bien sûr d’un cycle théorique. En pratique, les cycles peuvent être plus longs ou plus courts et l’ovulation n’arrive pas toujours au 14ème jour.

Le cycle menstruel est le résultat de 3 niveaux qui s’entremêlent :

  • L’ovaire libère un ovocyte (un ovule prêt à être fécondé par un spermatozoïde). Ci-après dénommé cycle ovarien ;
  • L’endomètre modifie sa structure pour accueillir un embryon potentiel. Ci-après dénommé cycle menstruel (ou cycle de l’endomètre pour éviter la confusion avec le cycle général aussi appelé menstruel) ;
  • Différentes hormones agissent à la fois sur l’ovaire et sur l’endomètre. Ci-après dénommé cycle hormonal.

Le tableau ci-dessous illustre le fonctionnement des trois niveaux et nous allons revenir sur chacune les différentes phases.

Le cycle ovarien

La phase folliculaire du cycle ovarien a une durée variable. Dans notre cycle théorique, elle dure toutefois 13 jours. Durant cette période, un ovocyte (parmi des centaines de milliers présents dans l’ovaire) arrive à la fin de sa maturation.

 

Le 14ème jour (dans notre cycle théorique donc), l’ovocyte est prêt à être fécondé et est éjecté de l’ovaire dans les trompes utérines : c’est ce qu’on appelle l’ovulation. L’ovocyte doit être fécondé dans les 24heures.

 

La phase lutéale représente les 14 jours suivant l’ovulation. Il s’agit cette fois-ci d’une durée fixe. L’ovocyte remonte les trompes utérines jusqu’à arriver dans l’utérus. S’il n’est pas fécondé, il est éliminé avec les règles.

Le cycle menstruel ou le cycle de l'endomètre

La phase menstruelle du cycle de l’endomètre représente les jours de règles. Chaque cycle débute donc au premier jour de menstruations. C’est le moment où la couche superficielle de l’endomètre (la muqueuse utérine) se désagrège.

 

La phase proliférative est la phase de préparation puisque la couche superficielle se reconstruit grâce à la couche basale de l’endomètre. Durant cette période, le col de l’utérus est « fermé » par une glaire cervicale épaisse et collante. L’utérus est donc inaccessible pour les spermatozoïdes. Au moment de l’ovulation, la muqueuse utérine est prête, la glaire cervicale s’éclaircit et s’effile pour laisser passer les spermatozoïdes.

 

La phase sécrétoire est la phase qui accompagne la phase lutéale du cycle ovarien. S’il n’y a pas de fécondation, la muqueuse se désagrège et un nouveau cycle commence.

Le cycle hormonal

Nous allons rester très simple concernant les hormones. L’hypothalamus et l’hypophyse sont deux parties de notre cerveau et sont les sièges de toutes nos hormones, ce sont les chefs d’orchestre qui doivent assurer le bon fonctionnement de notre corps en envoyant des signaux aux organes concernés mais aussi en recevant des messages de la part de ces derniers. C’est un système très complexe et, lorsque tout fonctionne, très optimal.

 

Concernant le cycle menstruel, retenons que la FSH (l’hormone folliculostimulante), sécrétée par l’hypophyse, agit sur l’ovaire durant toute la phase folliculaire et en particulier au moment de l’ovulation, ce qui va produire une autre hormone : l’œstrogène qui agit sur l’utérus, dont l’endomètre. La LH (l’hormone lutéinisante) est aussi sécrétée par le cerveau mais agit plutôt durant la phase lutéale afin de stimuler, entre autres, la production d’œstrogène et de progestérone après l’ovulation.

Juste avant l’ovulation, on constate un pic des hormones FSH, LH et œstrogène ce qui permet à l’ovaire d’expulser l’ovocyte. Suite à ce pic, les taux de ces hormones chutent et c’est la progestérone qui prend le relai jusqu’aux règles.

 

Si nous abordons aussi sommairement les hormones dans cet article, ce n’est pas pour vous donner mal à la tête mais pour mettre en évidence la complexité du cycle menstruel : ces chamboulements d’hormones ont des conséquences sur l’ensemble du corps et peuvent expliquer les prises de poids selon le moment du mois, les fringales ou les pertes d’appétit, les changements d’humeur, l’apparition de boutons, etc.

 

Le cycle hormonal ne doit cependant pas servir d’excuse !

 

Bien connaître son corps permet avant tout de mettre en place des habitudes qui pallient tous ces chamboulements, surtout qu’ils sont censés se répéter à chaque cycle durant bien des années… C’est d’ailleurs la sécrétion de l’oestrogène à la puberté qui déclenche les premières règles ainsi que la transformation du corps féminin (poils, poitrine, hanches, acné, etc.).

Ce premier article est très théorique mais selon nous nécessaire pour comprendre ensuite comment mieux vivre son cycle menstruel. Si vous souhaitez aller plus loin dans la compréhension, nous sommes à disposition et pouvons également vous conseiller plusieurs lectures.

Références


*Précision lexicale : pour désigner les personnes ayant des menstruations, nous utiliserons le terme normé de « femme » même si nous sommes bien conscients que toutes les femmes n’ont pas leurs règles et que toutes les personnes ayant leurs règles ne sont pas des femmes.