Réactions au reportage "Obsession alimentaire"

Le reportage a été diffusé par l'émission Temps Présent le 31 août sur RTS Un
Le reportage a été diffusé par l'émission Temps Présent le 31 août sur RTS Un

Le jeudi 31 août 2017, l’émission de la RTS « Temps Présent » se dédiait à « l’obsession du manger sain ». Au vu de notre intérêt commun pour l’alimentation, nous avons pensé qu’il serait intéressant de vous livrer nos avis, parfois divergents mais se retrouvant dans leur finalité.

L'avis de Morgane

L’émission en soi était intéressante et relevait de nombreux points : la rareté de la maladie cœliaque et sa confusion trop fréquente avec l’intolérance au gluten, les démarches marketings et les intérêts financiers que revêtent les régimes alimentaires du « sans » (sans sucre, sans gluten, sans lactose, sans viande, etc.) ainsi que les changements de société qui font que les gens peuvent et veulent prendre du temps pour eux, pour leur corps et leur spiritualité.

Je rejoins certains « spécialistes » interrogés sur le fait que le souci lié à la qualité de l’alimentation est une problématique datant de la fin du XXe siècle. Elle provient, selon moi, plus précisément des 30 Glorieuses, moment où les sociétés industrielles occidentales ont acquis les capacités de produire plus que nécessaires. La population, qui a également vu son pouvoir d’achat augmenter, a ainsi eu de plus en plus de choix pour s’alimenter. Ayant dépassé le souci primaire de se nourrir, l’être humain peut désormais se préoccuper de la qualité des aliments qu’il ingurgite. De là est naît la problématique mythique de « l’obsession du manger sain ».

Mais… parce qu’il y aura toujours un « mais », j’adresse à ce genre d’émissions plusieurs reproches :

  • Les formules et les on-dit sans fondement : les œufs et le cholestérol, les régimes « détox », le mythe autour du calcium des produits laitiers, etc.
  • Les exemples extrêmes, les militants très engagés. Cela s’explique par le besoin de faire une émission choc tout en transformant ce qui est, pour une majorité, une préoccupation en une obsession : on prend une femme qui teste tous les régimes qui font la une des magazines, la végane militante invitée sur tous les plateaux romands abordant de près ou de loin ce sujet, un adepte du crudivore poursuivi en France pour sectarisme et une jeune femme diagnostiquée orthorexique après avoir été anorexique. Ces personnes ont bien entendu le droit à la parole mais confronter leur témoignage aux analyses de médecins et de scientifiques ne fait que les marginaliser encore plus…

Pour moi, l’un des gros problèmes de toutes ces émissions est la confusion permanente entre de nombreux termes :

  • L’agriculture biologique a avant tout un impact sur l’environnement mais se nourrir de gâteaux labélisés bio ne sera pas ultra sain pour autant, par exemple.
  • Le véganisme est un mode de vie excluant, dans la mesure du possible, de son alimentation (le végétalisme est le régime alimentaire référent) ET de son hygiène de vie tout produit d’origine animale afin d’adopter un mode de vie respectueux des animaux. Cette définition du véganisme met en évidence des préoccupations éthiques bien plus que l’obsession de manger sain.
  • L’intolérance au gluten n’est pas une maladie mais la conséquence d’un problème lié à l’évolution de l’agriculture, à la nécessité de produire toujours plus, toujours plus vite. La remise en question de notre façon de produire est nécessaire tout comme notre façon de consommer. Comprendre la cause de ces intolérances est également une démarche essentielle : supprimer l’aliment qui nous cause de l’inconfort ne résoudra pas le problème originel

Manger sain, selon moi

Manger sain, selon moi, est simple mais nécessite un retour en cuisine : consommer des produits frais, de saison et locaux dans la mesure du possible est une base à laquelle il faut revenir. Par contre, cela ne veut pas dire qu’il faut se priver de tout (difficile pour nous de ne pas craquer devant les bananes, les avocats et les autres fruits exotiques). Il faut avant tout avoir une consommation réfléchie et consciente, quitte à privilégier le bio pour les produits que l’on ne peut pas trouver localement. Réduire la consommation de viande est sans doute plus que nécessaire… pour des raisons de santé mais aussi écologiques. Par contre, je pense qu’il est plus sain pour un individu de se fournir chez son boucher que de se nourrir de substituts de viande surtransformés… et c’est une végétarienne qui vous le dit. Personnellement, je ne mange plus de viande depuis bientôt dix ans… par dégoût du goût et de la texture. Je consomme encore de temps en temps du poisson et des fruits de mer, surtout au restaurant quand il n’y a pas de choix végétariens copieux. Néanmoins, je préfère puiser mes protéines dans des sources végétales brutes telles que les légumineuses ; les marques « vegan » des grands distributeurs n’ont guère leur place dans notre frigo. 

Cuisiner frais demande du temps

mais c’est là que vous renouerez avec la cuisine saine

L'avis de Yannick

Morgane vous aura déjà décrit l’émission en détails (j’admire son esprit analytique, pas que d’ailleurs…) donc voici simplement mes constatations.

Régime, tout cru, végane… Nous sommes tellement perdus dans cette société que, dès que ne voulons faire un changement, nous nous tournons vers les solutions toutes faites. Entre information et désinformation, on ne sait plus où on nage.

J’ai bien aimé la partie sur le « sans gluten » et les intolérances au gluten, on est d’ailleurs face au même problème avec les produits véganes : les industries agroalimentaires s’en mettent plein les poches, avec 4 fois plus de vente de produits ces dernières années… sans oublier que la composition de ces aliments n’est vraiment pas bonne (dans le reportage, on vous explique qu’un pain sans gluten comporte beaucoup plus d’ingrédients qu’un traditionnel afin d’obtenir la même texture).

Ce qui me chagrine dans ce genre d’émission c’est qu’ils sont obligés d’afficher les extrêmes pour que cela soit plus vendeur. Et au fond, ils ne font pas forcément passer le bon message.

 

Bien entendu, il y a toujours de fausses croyances ancrées dans nos têtes : œufs et cholestérol, aliments bio toujours mieux que les aliments de la région, etc. Ne prenez pas les informations reçues comme sources sûres, utilisez-les au contraire pour faire des recherches. 

Vous n’êtes pas figurants mais acteurs de votre santé.

Manger sain, selon moi

Vous n’aimez pas la viande ? N’en mangez pas. Vous êtes sensibles au gluten (problème de digestion, fatigue, maux de tête) ? Réduisez-le. Vous avez un doute ? Faite-vous suivre par des professionnels compétents et spécialistes dans leurs domaines.

Il faut apprendre à ressentir et à interpréter nos envies ainsi que nos problèmes, non pas parce qu’on nous a dit que tel ou tel aliment était bon pour nous mais plutôt parce qu’on sent que cela nous fait du bien.

N’oubliez pas :

Vous ne pouvez pas envisager une alimentation sur le long terme sans ce facteur clef qu’est le plaisir.